SPORT ET FOI
Sport et foi, n’est-ce pas une opposition, deux sujets au bout de deux versants ? Et moi, chaque jour qui passe, je deviens de plus en plus obnubilé par le sport. Par autant, je ne me sépare pas de ma foi. Et aujourd’hui, c’est le Sport pris en partie face à la foi que j’ose aborder. Malheureusement, vous entendrez beaucoup dire : « Le sport est diabolique, ce n’est pas digne pour un chrétien ». Ils n’ont pas totalement tort. Peut-être qu’ils ont entendu que l’un de leur est dans la pratique fétichiste (croyance évidemment dans beaucoup de cas), que certains s’y dénudent, et tant d’autres malversations. Quant à sa tenue face à la moralité, tout dépend d’un sport à un autre, parce qu’on ne peut se jeter dans la piscine de natation en salopette, en pantalon jeans ou en robe de mariage ; une tenue spécifique pour chaque discipline sportive est exigée.
Dans ces lignes qui suivent, je veux tant bien que mal, concilier les deux dimensions : sport et foi, l’agréable et le fondamental, si ça peut se dire ainsi. Loin d’une invention nouvelle, c’est dans la Bible, dans les écrits de l’Apôtre des nations, Saint Paul, que nous puiserons quelques extraits faisant allusion à notre thématique.
En effet, les exégètes ont depuis longtemps étudié dans les lettres attribuées à l’Apôtre Paul les quelque trente versets où l’on rencontre le vocabulaire de la course et de la lutte, faisant ainsi référence au sport. Ils en ont retenu que l’Apôtre connaissait et reprenait certains topoi des philosophes de son temps, tels que ceux de Diogène Laërce, Diogène le Cynique et de Zénon le stoïcien. Signalons d’emblée que les lettres de Paul sont pratiquement les seuls écrits du Nouveau Testament à utiliser les métaphores sportives. Toutefois, Hébreux 12, 1 est le seul autre passage du Nouveau Testament où l’on rencontre deux vocables d’origine sportive faisant allusion à la course et la lutte. Ce n’est pas donc un hasard d’avoir intitulé ainsi cet extrait.
Les métaphores sportives et leur particularité
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Verset |
vocables |
Texte |
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1Th 2, 2 |
Combat |
Nous avons trouvé en Dieu l’assurance de vous annoncer l’Evangile avec beaucoup de combat |
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1Th 2, 19 |
Couronne |
Quelle est en effet notre espérance, notre joie, la couronne dont nous serons fiers, si ce n’est vous ? |
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1Co 9, 24 |
Stade, courir, prix |
Dans le stade, les coureurs courent mais un seul remporte le prix |
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1Co 9, 25 |
Combat, couronne |
Les combattants se privent de tout pour obtenir une couronne périssable |
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1Co 9, 26 |
Courir, boxer |
Je cours, je boxe |
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1Co 15, 54-57 |
Victoire |
La mort a été engloutie en vue de la victoire ô mort où est donc ta victoire ? |
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Ga 2, 2 |
Courir |
J’exposai l’Evangile aux apôtres de peur de courir ou d’avoir couru en vain |
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Ga 5, 7 |
Courir |
Vous couriez bien. Qui a entravé votre élan ? |
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Rm 3, 4 |
Vaincre |
Comme dit l’Ecriture : il faut que tu vainques quand on te met en jugement |
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Rm 9, 16 |
Courir |
Le choix de Dieu ne dépend pas de l’homme qui court, mais de la miséricorde de Dieu |
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Rm 12, 21 |
Vaincre |
Ne te laisse pas vaincre par le mal mais vaincs le mal par le bien |
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Rm 15, 30 |
Combattre |
Combattez avec moi dans les prières |
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Ph 1, 27 |
Lutter avec |
Que j’entende dire que vous luttez ensemble |
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Ph 1, 30 |
Combat |
Croyant au Christ et souffrant pour lui vous menez le même combat que moi |
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Ph 2, 16 |
Courir |
Vous me préparez un sujet de fierté, ainsi mon courir n’aura pas été vain |
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Ph 3, 14 |
Prix |
Je poursuis en vue du prix |
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Ph 4, 1 |
Couronne |
Vous qui êtes ma joie et ma couronne |
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Ph 4, 3 |
Lutter avec |
Aide Evodie et Syntychè car elles ont lutté avec moi |
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Col 1, 29 |
Combattre |
Et c’est pour cela (annoncer le Christ) que je me fatigue à combattre |
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Col 2, 1 |
Combat |
Le dur combat que je mène |
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Col 3, 15 |
Arbitrer |
Que la paix du Christ soit arbitre en vos cœurs |
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Col 4, 12 |
Combattre |
Epaphras ne cesse de combattre pour vous |
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Eph 6, 12 |
Lutte |
Notre lutte n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les Principautés et les Puissances |
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1Tm 4, 7 |
S’exercer |
Exerce-toi à la piété |
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1Tm 4, 8 |
Exercice |
L’exercice corporel est peu utile |
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1Tm 4, 10 |
Combattre |
Nous fatiguons et combattons pour cela : nous avons espéré dans le Dieu vivant |
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1Tm 6, 12 |
Combattre |
Combats le bon combat de la foi |
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2Tm 2, 5 |
Lutter, Couronner |
Si quelqu’un lutte, il n’est couronné que s’il lutte selon les règles |
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2Tm 4, 7 |
Combattre |
J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat |
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2Tm 4, 8 |
Couronne |
M’est destinée la couronne de justice que me donnera le Seigneur |
Comme le montre le tableau, les métaphores sportives se trouvent pratiquement en presque toutes les lettres avec les concepts sportifs : combat, combattre, couronner, couronne, arbitre, s’exercer, stade, courir, prix, boxer, victoire, vaincre, lutte, lutter, lutter avec. On peut regrouper tous ces vocables sous trois chefs : 1. Le combat, la lutte ; 2. La course et 3. La victoire, avec la couronne et le prix reçu. De toutes les occurrences, 1Co 9, 24-26 est la seule référence qui mentionne explicitement le stade et présente comme modèles les athlètes qui y combattent. Il s’agit bien d’une exception. Car, en ne nommant pas ces sportifs ailleurs en ses lettres, Paul diffère des auteurs de son temps, qui utilisent toujours ou presque les métaphores en renvoyant aux athlètes du stade.
Signalons que Paul et les auteurs de son temps ont une idée positive des athlètes du stade, du coup, une pensée positive du sport. Ils insistent sur leur entraînement intensif, leur frugalité, leur courage allant souvent jusqu’à l’épuisement, voire la mort, leur volonté fermement tendue vers la victoire et la couronne à recevoir. Ce qu’on peut appeler la prédilection de saint Paul pour les images sportives ne s’explique pas seulement par le fait qu’il s’adresse à des Grecs et des Romains, mais parce que, chez Philon ou Epictète, ces images sont au service d’un enseignement moral.
Si la philosophie, à l’époque, était la gymnastique nécessaire de l’esprit seule capable de libérer l’homme de ses passions pour arriver à une victoire définitive, de même, par la pratique sportive, austère et exigeante, les athlètes se rendaient maîtres de leurs corps pour arriver à une victoire définitive. Voilà pourquoi il n’est pas exclu que saint Paul ait emprunté ces différentes images à la prédication stoïcienne.
Certains spécialistes d’histoire ancienne, à l’instar de Rainer Metzner, ont, il est vrai, tenu pour sûr que Paul avait assisté aux jeux du stade durant sa jeunesse, à Tarse. Pour d’autres, tel est le cas d’Alois Koch (prédécesseur des séparatistes d’aujourd’hui), cela semble improbable. Que le jeune Saul ait assisté aux Jeux olympiques ou isthmiques semble en effet difficile à admettre, s’il est vrai que ces jeux étaient organisés pour honorer les dieux grecs, en particulier Zeus Olympien, et ne se déroulaient qu’après de longues liturgies inaugurales. Il lui aurait fallu également aller à l’Olympie et Delphes, lieux païens par excellence, voyages inimaginables pour un jeune juif fortement attaché aux traditions de ses pères, monothéiste convaincu et zélé.
Le jeune Saul a-t-il néanmoins fréquenté la palestre et le gymnase local ? On peut également en douter, car s’adonner aux sports avec des Grecs l’aurait forcé à suivre leur mode de vie, si l’on en croit ce que disent 1 M 1, 13-14 et 2 M 4, 7-15. En revanche, il n’est pas impossible que, comme Philon, il ait pu assister à des exercices et à des séances d’entraînement ouvertes au grand public. Au demeurant, les agoras offraient suffisamment de vases décorés à l’aide de gymnastes et lutteurs à l’œuvre pour que Paul ait pu avoir une idée de ce qui passait dans les palestres.
Mais ce n’est ni le mode de vie ni la technique des sportifs qui l’intéresse en ses lettres, seulement leur ténacité et leur acceptation de souffrir pour vaincre (tel est le cas de plusieurs jeunes sportifs, congolais en particulier, qui font le sport pour vivre, au-delà de la précarité imposée, s’il faut le dire, par les décideurs, Cf. notre article : Sport et pauvreté au Congo Kinshasa), traits qu’il relève pour les appliquer à sa mission d’évangélisation, à la vie des communautés qu’il a fondées. Plus que des métaphores vives, les mots utilisés par lui étaient déjà passés dans le langage ordinaire et compris de tous. Loin d’être banales, ces métaphores semées au long de ses lettres disent quelque chose d’important sur la façon dont il conçoit sa mission.
En péroraison, le livre de Job nous apprend ceci : c’est la vie entière qui est une épreuve. Qu’est-ce que cela signifie ? Que fuir l’épreuve n’est pas possible, que notre existence a pour propriété essentielle d’être une mise à l’épreuve. En régime chrétien, cette seule phrase est porteuse d’un sens d’une inépuisable richesse. Elle définit notamment le sens de notre séjour terrestre, et son ouverture, à travers l’épreuve, à la vie éternelle future.
Pour faire bref, le sport, lorsqu’il est pratiqué avec raison, il nous stabilise, nous mène à une vie communautaire extra et large (partage et connaissance), et du coup, il fait de nous les membres d’une famille, et la famille, à l’instar de celle de Nazareth, est le lieu d’humanisation, de la catéchèse (dimension de la foi) et nous conduira au salut. Pour le cas du Congo (RDC), les premiers sports sont venus avec les premiers missionnaires. Pensons ici au stade Tata Raphaël qui est l’œuvre, à notre connaissance, des pères Scheuts (CICM). Et voilà qu'un autre exemple probant me vient d’un club congolais : le TP Mazembe de Lubumbashi (RDC). A la veille des matchs, les corbeaux de Kamalondo se rendent au culte et cela résume bien notre article : Sport et Foi.
MARTIN CLÉO

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