SPORT ET PAUVRETE AU CONGO KINSHASA

 

Le sport, un des préludes à la réduction de la pauvreté en R D Congo  



            Le 16 octobre 2019 au Lac de Ma Vallée à Kinshasa et devant un parterre d’officiels et des diplomates en poste en République Démocratique du Congo, le Président de la République lançait son ambitieux « Programme Présidentiel Accéléré de Lutte contre la Pauvreté et les Inégalités », destiné à tirer 25 millions de congolais de l’extrême pauvreté. Où en sommes-nous avec la concrétisation de ce projet ? Le silence gouvernemental en dit plus et le pauvre peuple gangrène encore dans sa misère. N’est-ce pas une évaluation hâtive de notre part ?

            Durant la même année (2019), le Produit Intérieur Brut (PIB) par Congolais s'élevait à 495 dollars.[1] Un chiffre en progression de 10,3% par rapport à 2018 et qui lui vaut la 8ème place au classement des pays les plus pauvres de la planète. Il affiche désormais un PIB de 48,46 milliards de dollars pour 97,88 millions d'habitants. D'après la Banque mondiale, la proportion de la population congolaise vivant en dessous du seuil de pauvreté atteignait 46,5% en 2011 :

  • PIB par habitant en 2019: 495 dollars
  • PIB 2019: 48,46 milliards de dollars
  • Population 2019: 97,88 millions d’habitants.

Avec ce seuil de pauvreté, l’espérance de vie est inférieure à soixante ; le même homme qui atteint quarante-cinq ans dans un pays développé, et touche alors la plénitude de sa vie, serait déjà mort s’il vivait dans l’une des immenses région d’Afrique ou d’Amérique latine, par manque d’accès au minimum de soins médicaux, par le souci de chômage ou de sous-emploi, avec un revenu annuel par tête de mauvais aloi. Par ailleurs, plusieurs congolais demeurent encore analphabètes, privés de sources fixes et approvisionnées constamment en eau.[2]

            Sous-jacente à notre proposition de la diminution de la pauvreté, il y a donc l’option courageuse et solidaire pour la vie, pour les causes et les luttes de ces millions d’humiliés et d’offensés dans un pays richement riche, afin de surmonter cette iniquité historique et sociale.  Tout compte fait, nous voulons que le fusil change d’épaules. Si le Brésil a connu une croissance remarque, c’est aussi par le sport qu’un bon nombre s’est libéré. Mais chez nous (RDC), où est centrée l’énergie ?

            Au jour le jour, surtout lors de la rentrée scolaire ou académique, le gouvernement, les parents et les organismes tels que l’Unicef, mobilisent pour que tous les enfants se rendent à l’école. Et surtout, avec l’avènement de la mise en pratique de la « fameuse » gratuité de l’enseignement au Pays de Lumumba, tout parent veut voir son fils ou sa fille sur le banc scolaire, ce qui est évidemment une bonne chose : celle d’instruire et laisser instruire son enfant.

Une autre chose mieux à admirer, c’est que le Congo est un pays de plusieurs intellos, docteurs qualifiés dans plusieurs domaines, professeurs de renom international ; une nation d’innombrables licenciés (masters). Tout jeune rêve l’université, l’Institut supérieur ou une qualification quelconque. Au bout de compte, c’est des titres qui sont verbaux, des qualifications sans qualité, des diplômes à mettre dans les coffres : le travail manque. Il suffit d’être un peu calme pour observer que peu de ces jeunes universitaires créent des emplois ; ils attendent être embauchés alors que les vieux, retraités normalement, reste scotchés à leurs postes comme qui dirait taillés sur leur mesure. La première position ici est celle de multiplier des institutions ou universités techniques, qui permettront aux lauréats d’innover dans leurs propres entreprises.

Une autre mine d’or facile, c’est la politique. J’aime librement nommer cela : « politiriche », prêtez-moi l’expression. La politiriche, c’est en fait la politique faite pour devenir riche. C’est le boulot où plusieurs s’engagent et se bousculent avec un seul but : se faire facilement du fric. Par ailleurs, quelques expressions peuvent exister, malheureusement, je tarde à rencontrer ces merles blancs. C’est parmi des endroits où l’on peut piquer sans être inquiété. C’est le lieu où la loi est faite pour les plus forts en défaveur des plus faibles.

Quelle est notre proposition ? C’est un rêve, peut-être mais déjà vu ailleurs. Prenons les modèles de chez nous.

 Qui de Bismak Biyombo, Didier Mbenga, Mutombo Dikembe, dans le domaine de Basketball, d’Yves Diba, Shabani Nonda, Cédric Bakambu ou Trésor Mputu, dans le sport roi, football ou encore la fratrie Junior Ilunga Makabu et son frère Martin Bakole, les hommes aux mains de velours, sans beaucoup d’études, sans des thèses, peut se lamenter de la faim ? N’est-ce pas par le sport que ceux-ci observent la pauvreté par la fenêtre de leurs maisons ?

Ainsi dit, le Congo peut aussi développer plusieurs sports et encourager ceux qui se sont engagés et s’engagent à viser la cime. Les cimetières congolais sont ceux qui gardent les corps des plusieurs diplômes qui n’ont pas servi. Alors, parce que tous ne sont pas appelés à perdre leur temps au campus, à faire de la politique. Les étoiles des autres sont dans le ballon rond, dans la natation, sur le vélo ou dans divers sports. Le ministère de la Jeunesse et Sports n’a pas seulement pour but d’accompagner les disciples qui existent mais d’en initier d’autres (ce n’est pas un péché de copier positivement ce qui se passe chez autrui). L’unique chose la VOLONTE : la volonté d’aider les sportifs à se performer pour mieux entrer en compétition avec les autres.

Ne vous en faites pas, les sportifs de haut niveau ne manquent pas de l’eau à boire ; mais tous les autres sportifs assidus sont occupés : du coup, le banditisme peut diminuer, je pari même, les « Kuluna » s’effaceront de nos radars.

Congolais, lançons-nous dans le sport, il peut aussi nous aider, individuellement ou collectivement à quitter la misère. Chers compatriotes, ne vous trompez pas, tout sport n’est pas à développer par l‘Etat : c’est le cas de l’athlétisme, soi-même d’abord et le ministère de tutelle peut intervenir après, au moment de la compétition.

Qui veut accéder au sommet commence par le bas, c'est la voix d’un griot !

MARTIN CLEO



[2] Cf. C. BOFF-L BOFF, Qu’est-ce que la théologie de la libération ? trad. du portugais brésilien par Didier Voïta (Paris, Foi vivante 1987) 13-14.

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