Création et Communication, est-ce une tautologie. Ecologie intégrale et Communication à la lumière de la Laudato Si.

 

 


L’écologie intégrale et la communication à la lumière de la Laudato si’


 

 

Martin Cléophas Kambalenga Lumina

 Università Pontificia Salesiana

Lue et corrigée par la professeure Giulia Lombardi

 

 

Rome, 2021-2022


 

Introduction

La motivation d’aborder le lien entre l’Ecologie intégrale dans la vision de Laudato si’ et les médias, nous est venue après la lecture attentive de la programmation du Joint Diploma in Ecologia Integrale a partire dalla Laudato si’, pour l’édition 2021-2022.

En effet, cette programmation a fait coïncider la conclusion de ses activités, soit la dernière table ronde un samedi précédent le dimanche 29 mai prévu comme celui de Journée mondiale des Communications Sociales, soit le samedi 28 mai. Si ce samedi a été choisi pour la conclusion de la semaine de la Laudato si’, le dimanche juste après célébrait le traditionnel message livré par le pontife romain, qui est en même temps l’auteur du livre sous examen.

Traditionnellement, on dit que la presse est le quatrième pouvoir, une expression apparue dès le XVIIIe siècle.[1] Aujourd’hui, on parle d’une nouvelle citoyenneté, fortement influencée par les médias numériques. Ce quatrième pouvoir a des origines lointaines, dans la Parole qui n’est autre que la Parole de Dieu, celle qui est à l’origine de la Création, de l’écologie.

Dans la ligne de ce qui précède, nous avons proposé, dans le cadre de Joint Diploma en écologie intégrale à partir de la Laudato si’, de réfléchir sur « L’écologie intégrale et la communication à la lumière de Laudato si’ ». Hormis cette introduction ainsi que la conclusion, cette dissertation aura deux points. Le premier parlera de Dieu, Créateur et premier Communicateur tout en faisant mention à l’homme comme continuateur de l’œuvre divine; le second abordera l’Ecologie et médias comme un binôme inséparable.

Cette dissertation écologique-communicationnelle est essentiellement centrée sur la lettre encyclique Laudato Si’ du pape François sur la sauvegarde de la maison commune. Dans le but de l’enrichir, nous avons également consulté quelques auteurs, écrits et commentaires de cette encyclique. Parmi eux, Martin Carbajo Núñez, Tout est lié. Écologie intégrale et communication à l’ère du numérique; le Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale et d’autres écrits qui font référence au binôme traité, soit l’écologie, soit les médias entendus comme deux railles qui conduisent à bon escient.

1. Dieu, Créateur et premier Communicateur. L’homme continuateur de l’œuvre divine

Pour penser à l’écologie intégrale, nous voulons d’abord rentrer à l’origine de Celui qui a fait exister l’univers, autrement dit au Créateur qui n’a fait que communiquer. Dans cette dissertation, nous nous appuierons sur cette Encyclique sociale du pape François pour passer à la relation entre écologie intégrale et communication.

En effet, Laudato si’ nous invite à mûrir une spiritualité et une mystique qui nous ouvrent les yeux et nous permettent d’expérimenter « la connexion intime qui existe entre Dieu et tous les êtres »[2] afin que nous puissions contempler la nature comme un joyeux mystère de communion et de relations.

En suivant les quatre niveaux de l’équilibre écologique (spirituel, intérieur, solidaire et naturel) qui correspondent aux quatre relations fondamentales de l’être humain (Dieu, soi-même, les autres, la nature), la communion trinitaire est l’origine, la voie et la destinée de tout ce qui existe. L’homme, imago Dei, est un être dialogique et relationnel, le fruit d’un don et lui-même appelé au don de soi, par la communication, le dialogue, la protection de l’environnement. Le fait de communiquer pour l’homme est synonyme d’auto-donation. C’est en cela que se situent les bases nécessaires pour une fraternité ouverte, cosmique, en dialogue, en communion en communication et la création peut ainsi être vue comme un espace de rencontre et de relations. [3]

Tout ce qui existe a été créé selon le modèle divin de la Trinité et, par conséquent, est un tissu de relations à tous les niveaux entre les écosystèmes et entre les divers mondes de référence sociale. C’est cela que dit le Pape François dans cette encyclique :

Les créatures tendent vers Dieu, et c’est le propre de tout être vivant de tendre à son tour vers autre chose, de telle manière qu’au sein de l’univers nous pouvons trouver d’innombrables relations constantes qui s’entrelacent secrètement. Cela nous invite non seulement à admirer les connexions multiples qui existent entre les créatures, mais encore à découvrir une clé de notre propre épanouissement. En effet, plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité.[4]

 

Dans ce versant, il est question de l’équilibre écologique : « au niveau interne avec soi-même, au niveau solidaire avec les autres, au niveau naturel avec tous les êtres vivants, au niveau spirituel Dieu ».[5] Seul celui qui comprend que la hiérarchisation nous conduit à donner la primauté à Dieu, peut mieux cohabiter avec les autres êtres et s’accepter soi-même. 

L’homme, continuateur et protecteur de la création et communicateur. Selon Núñez :

Il faut distinguer la dimension technique et la dimension anthropologique de la communication. La communication est une dimension de la vie humaine et pas seulement une transmission de données rendue possible par la technologie. Les nouvelles technologies de l’information, à elles seules, ne peuvent garantir une communication authentiquement humaine. Elles offrent d’innombrables aspects positifs, mais peuvent aussi produire des effets négatifs.[6]

 

Et déjà, ce son de cloche a retenti dans le message de la cinquantième journée mondiale pour les Communications sociales lorsque le pape François affirmait : « Ce n’est pas la communication qui décide si la communication est authentique ou non, mais le cœur de l’homme et sa capacité de bien user des moyens mis à sa disposition ».[7]

De la critique de l’anthropocentrisme despotique et déviant à la proposition d’une conversion écologique pour une citoyenneté mondiale (cf. LS, nn° 216-221),[8] le lexique de l’être en relation et de la communication est omniprésent, ainsi que le mot “dialogue” et l’expression “entrer en dialogue”. Une vision relationnelle intégrale est proposée, qui prend place, à travers les cinq sens, dans les relatons sociales, dans l’humain, la nature et la création. Une perspective globale qui critique l’instrumentalisation et l’exploitation, la mentalité du jetable. La pollution communicative est dénoncée comme « une espèce de pollution mentale »[9] et appelle une protection de l’environnement médiatique :

Les moyens actuels nous permettent de communiquer et de partager des connaissances et des sentiments. Cependant, ils nous empêchent aussi parfois d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre et avec la complexité de son expérience personnelle.[10]

 

La communication est en même temps un point clé, un moyen et un environnement de vie ; elle est au cœur du débat sur l’écologie entre l’être humain et la nature ; elle est un environnement d’échange intergénérationnel, pour le partage et la transmission des valeurs (les médias sont définis par le Pape François comme un environnement - environnement numérique et environnement de communication).[11]

La communication est aussi l’un des lieux de conversion écologique : le respect de la création devient ainsi un principe essentiel qui s’inscrit dans l’éthique de la communication. En effet, les différents moyens de communication ont pour tâche de rappeler et de mettre en évidence les liens entre le destin humain et l’environnement naturel pour responsabiliser les citoyens, non seulement en tant que consommateurs, mais aussi en tant que gardiens responsables de la planète.

Cette approche est bien loin des pratiques de désinformation et d’utilisation des dites fake news.[12] Ainsi la communication, qui peut influencer négativement les mentalités, peut aussi propager une éthique écologique en devenant un lieu et un instrument pour le développement d’une citoyenneté écologique mondiale, à travers la production, la collecte, le partage, la transmission et la diffusion de débats, de bonnes pratiques, d’expériences et de sagesses des peuples, en aidant à redécouvrir que tout est uni et lié, et en invitant à entrer en communion.[13]

Parce que les médias sont donc de puissants configurateurs de la réalité, il faut veiller à ce qu’ils restent au service du réseau de la vie à tous les niveaux. L’auteur déploie pour cela quelques critères qui découlent de la vision chrétienne du rôle que les médias et les professionnels qui y travaillent doivent assumer.  Une vision qui mobilise les grands motifs théologiques traditionnels (Création, Trinité, Christ) pour manifester que « l’homme est un être dialogique et relationnel qui a la responsabilité de renforcer la fraternité cosmique ».[14]

De là découlent des exigences éthiques pour les opérateurs de la communication, mais aussi pour tous les usagers. Partant de Dieu, Créateur et Communicateur, tout rentre à Lui. Et alors, tout doit se faire dans la collaboration, unité et paix, c’est ce qu’il faut entendre de Nuñez lorsqu’il use un langage conclusif :

En fin de compte, il s’agit de construire ensemble un espace accueillant et bien organisé où l’on partage des valeurs et des idéaux, des objectifs et des espoirs, en se sentant compagnons de route de toute l’humanité et de toute la création. Plus que des barrières, nous avons besoin d’idéaux et de valeurs qui guident notre chemin, tant dans le monde physique que dans le monde numérique.[15]

            Dieu étant le Communicateur par excellence et l’homme créé à son image est continuateur de cette mission, continuateur, protecteur de la création avec laquelle il est appelé à communiquer, à dialoguer. Les médias et l’écologie deviennent un pour le bien de l’homme, des autres êtres et de la nature entière.

2. Ecologie et médias, un binôme inséparable

Il est remarquable que dans le monde actuel, les écrans envahissent le paysage : télévisions, ordinateurs et même téléphones portables. Pour mieux dire, la vie de l’homme conjugue avec les écrans à tel enseigne qu’il est difficile de rencontrer un homme, du moins dans les pays développés et en voie de développement, sans un écran sur soi ou autour de soi. La télévision et autres supports médiatiques sont des outils d’ouverture sur le monde, d’échange interculturel. Mais aussi, ces instruments facilitent la propagation des messages et images qui détruisent la moralité humaine. Ils sont donc de couteaux à double tranchant et a besoin de la conversion de ses usagers.

Dans son vibrant appel, le pape François universalise le message : « Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous ».[16] C’est dans ce cadre que l’écologie et les médias sont appelés à revenir à leur  chemin commun. Et d’ailleurs, l’écologie, tributaire de la création, n’est autre chose que communication de Dieu lui-même ou son autorévélation : « Tout a été créé par la Parole et est ordonné à la rencontre amoureuse et communicative ».[17]

Si tout a été créé par la Parole et avec la Parole, la parole devient la première communication par excellence et elle appelle l’humanité à l’amour. Giovanni Tangorra a bien compris cela lorsqu’il parle de Jésus comme parfait communicateur.[18]

Par ailleurs, ces nouveaux moyens de communication sont des accélérateurs d’isolement et de solitude. A l’heure des médias sociaux,[19] tous sont appelés à communiquer, de manière juste et cohérente. Pour y entrer, un minimum de discernement et de formation s’impose. Mais en quoi l’écologie a-t-elle quelque chose à voir avec ce déferlement médiatique ?

Comme le dit Mauro Mantovani :

La lettre encyclique Laudato si’ du pape François, publié en mai 2015, a collecté un écho consistant et croissant d’appréciations non seulement dans le monde ecclésial mais aussi parmi les représentants du monde politique, économique et entrepreneurial, parmi les scientifiques, et non moins parmi les gens communs.[20]

 

Les médias, en vertu de leur projet qui est de rapprocher les hommes entre eux, ont certainement un rôle à jouer dans ce processus. Dans ce sens que dans cette lettre encyclique, le pape François invite à dépasser le « paradigme technocratique » ou « technico-économique » qui est selon lui à l’origine de la crise socio-environnementale actuelle : en s’emballant, la technique et l’économie ont échappé au contrôle de l’homme jusqu’à se retourner contre lui et contre l’environnement. Les relations fondamentales de l’homme à lui-même, mais aussi aux autres, aux êtres vivants, à Dieu en sont abîmées.[21]

Une autre demande surgit, à ce point : comment guérir et rétablir ces connexions vitales ? En fait, les médias, en vertu de leur projet qui est de rapprocher les hommes entre eux, ont certainement un rôle à jouer dans ce processus. Car les médias, insiste Martín Carbajo Núñez ne sont pas de simples moyens à notre disposition. Ils « conditionnent notre perception du monde et notre horizon symbolique »,[22] ils façonnent notre être et nos manières de vivre, sans que nous nous en rendions compte. Ils modifient notre rapport aux autres, comme on le voit dans les échanges à distance où la médiation corporelle est moins visible :

L’absence du corps affaiblit la capacité de communication de ces réseaux, en les vidant de la richesse symbolique et des liens forts qui sont inhérents au langage corporel (gestes, expressions, ton de la voix, silence…). La médiation technique affaiblit la profondeur humaine de ces relations, car elle tend à favoriser une représentation domestiquée, dans laquelle le sujet ne sent ni pleinement impliqué ni entièrement responsable de ses actions.[23]

 

De vive voix, ce même auteur espagnol : « On souligne que nous ne devons pas considérer les médias comme de simples instruments neutres à notre disposition. Ils facilitent la communication, nous aident à construire notre propre identité, favorisent la fraternité universelle, rendent possible l’accès à la vérité et la rencontre joyeuse avec la nature ».[24]

Par ailleurs, si « L’être humain et les choses ont cessé de se tendre amicalement la main pour entrer en opposition »[25], c’est parce qu’ils ont oublié que ‘‘Tout est lié’’, qui est d’ailleurs le titre de Martin Carbajo Núñez. Ainsi dit, les médias ont beaucoup à apporter ou à contribuer dans leur jonction avec l’écologie intégrale.

Se référant à Laudato si’, l’auteur analyse la crise écologique en ces termes : 

La crise écologique apparaît sous le jour d’une rupture de communication qui résulte d’un dualisme ontologique et ontique « sous-estimant les liens naturels qui nous unissent à toutes les créatures, la culture moderne a accentue la séparation et l’antagonisme conflictuel. L’homme a été défini comme un loup (homo hominis lupus), un être divisé intérieurement (dualisme ontologique) et nettement détaché des autres créatures (dualisme ontique). La nature serait un champ de bataille (’mange ou soit mangé’), où ne survivent que les plus forts et les plus doués (darwinisme). Ainsi, une dialectique du conflit permanent a trouvé sa justification, de même que l’anthropocentrisme despotique et la culture du déchet. […] dans le domaine de la communication, le mensonge et la demi-vérité sont utilisés comme une arme pour blesser et annuler l’autre.[26]

Pour revenir à ce que le pape François dit sur la communication, il rentre aux sources de l’inspirateur de cette lettre encyclique et donne ainsi le poids à la collaboration entre la communication et l’écologie intégrale : « François entrait en communication avec toute la création, et il prêchait même aux fleurs en les invitant à louer le Seigneur, comme si elles étaient dotées de raison ».[27] C’est dans cet angle que Laudato si’ analyse l’écologie des médias face au paradigme technocratique, en dénonçant l’omniprésence des médias et d’Internet,[28] mais en même temps, l'Encyclique invite à saisir l’urgence de les utiliser pour favoriser la conversion écologique, un changement paradigmatique, sortant de la logique de l’efficacité et de l’immédiateté (cf. LS, n° 181).[29]

Eu égard à ce qui précède, les médias peuvent jouer un rôle de sensibilisation sociale et un forum de dialogue afin de faire comprendre le bien-fondé de la protection de la nature comme lieu et milieu à protéger. Ainsi donc, les médias revêtent une nouvelle casaque aux yeux du pape François. Voilà pourquoi les médias deviennent plus que nécessaires dans ce siècle, comme l’affirme Nuñez :

De nombreux mouvements de sensibilisation et de solidarité face aux catastrophes naturelles ou contre les abus politiques ont vu le jour, ou se sont consolidés grâce à Internet et réseaux sociaux, qui ont ainsi démontré leur potentiel en tant que forum de dialogue et de sensibilisation sociale.[30]

 

            Sans cependant se voiler la face, ce rôle sensibilisateur des médias doit être toujours contrôlé pour ne pas gober ou faire gober les fausses informations, ce à quoi Communio e Progressio a su si tôt alerter :

                   Le droit à l’information a cependant des limites. La réputation des personnes et des sociétés doit être préservée et l’information ne saurait se confondre avec l’indiscrétion. Bien des secrets sont légitimes : secrets des individus et des groupes, en particulier des familles, qui ont droit à leur vie privée ; secrets professionnels, secrets d’intérêt public. Quand le bien commun est en jeu, l’information exige du tact et de la prudence.[31] 

           

Laudato si’, par ailleurs, est une vision critique des médias. Le pape François évoque les médias dans le premier chapitre de son encyclique, dans une section intitulée ‘‘la détérioration de la qualité de vie humaine et dégradation sociale’’. L’encyclique présente une vision critique des médias. Ils répondent aux intérêts commerciaux des multinationales qui les contrôlent et, de plus, favorisent le modèle de développement capitaliste qui a causé la dégradation socio-environnementale actuelle. L’encyclique Laudato si’ met en garde : les médias peuvent manipuler, surtout lorsqu’ils deviennent omniprésents.[32]

Elle met également « en garde contre le danger d’une communication qui génère souvent ’un nouveau type d’émotions artificielles, qui ont plus à voir avec des dispositifs et des écrans qu’avec les personnes et la nature».[33] Et comme renchérit Nuñez :

Cela détériore notre capacité d’empathie, de solidarité et de contemplation. De plus, de nombreux opérateurs de la communication sont trop éloignés de la réalité concrète qu’ils rapportent […] Étant physiquement éloignée de la réalité dont elle parle, la personne tombe facilement dans un discours ’vert’, fragmentaire et insensible à la souffrance des pauvres.[34]

 

Dans le même temps, le déversement constant d’informations, les sollicitations permanentes, les échanges multipliés et souvent superficiels que permettent les nouveaux médias ne vont pas dans le sens d’une communication intégrale. Souvent la communication est réduite à un flux de données, les relations à de simple contacts, la connexion confondue avec la communion, le groupe avec la communauté, la transmission d’informations avec l’amitié, la vérité avec l’opinion.[35] Les possibilités offertes par les nouveaux médias numériques peuvent « mener à l’égocentrisme […] rendre plus difficile l’acceptation de la diversité […] conduire à la fragmentation et à superficialité dépersonnalisante ».[36]

Le pape François, de manière indirecte et qui demande un œil perspicace pour le déchiffrer, à travers cette encyclique, a ainsi redonné les lettres de noblesse aux médias comme moyens nécessaires qui peuvent booster l’entreprise écologique.

Revenant avec force sur cet argument, le pontife romain affirme :

En effet, plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité.[37]

 

Le projet de l’écologie intégrale est alors de rétablir la communication à tous les niveaux, alors les médias doivent bien avoir un rôle à y jouer. Les médias sont en effet riches de potentialités pour nourrir, promouvoir, consolider les dialogues, les coopérations, les rencontres, les interactions dont notre monde a besoin pour vivre. Ils peuvent :

Aider l’humain à se transcender, à sortir de lui-même, ils créent un environnement où le sujet développe son identité et acquiert l’équilibre intérieur dont il a besoin » ; ils « contribuent à renforcer la fraternité universelle, dans laquelle tous les êtres humains peuvent se sentir proches les uns des autres. Ils aident à accroitre les possibilités de dialogue et de sensibilisation écologique.[38]

 

Par ailleurs, il existe une analogie profonde entre la protection de la maison commune et la communication : toutes deux sont basées sur la communion, sur la relation, sur la connexion de tous et de tout. Communiquer, c’est mettre en commun, partager ; d’où la nécessité de prendre conscience que nous sommes tous interconnectés, à tous les niveaux : éthique, social, économique, politique et éducatif.[39] Cela revient à dire que l’écologie tout comme la communication sont interactives, basées sur la relation. Une relation horizontale avec une prédominance dans le nouveau contexte culturel qui s’est installé au cours des dernières décennies.

 Comme nous l’avons à plusieurs reprises entendus dans la lecture de la Laudato si’, « Il n’est pas superflu d’insister sur le fait que tout est lié […] Voilà pourquoi les connaissances fragmentaires et isolées peuvent devenir une forme d’ignorance si elles refusent de s’intégrer dans une plus ample vision de la réalité ».[40]

Et d’ailleurs, comme le pense clairement le pontife romain, séparée la technique ou la prendre comme simple instrument, c’est faire une lecture biaisée. Les médias, à titre d’exemple, font désormais partie de la vie quotidienne, comme l’est la dimension écologique. Et donc, l’idée de promouvoir un paradigme culturel différent et d’utiliser la technologie comme un simple instrument est inconcevable. Le paradigme technologique est devenu si dominant qu’il serait difficile de se passer de ses ressources et encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique tant interne qu’externe.[41]

En clair, l’écologie et la communication ont ensemble besoin d’être mis sur la place publique afin de les apprendre, de les enseigner et les sonder méticuleusement en vue d’un usage responsable. En bref, il faut une éducation aux médias et à l’écologie intégrale :

Le premier volet, éducatif, exige donc, à toutes les étapes de la vie, la pratique d’une ascèse au sens étymologique du mot qui signifie ‘‘exercice’’, comme en cours de grammaire. L’ascèse à apprendre et c’est valable à tous les âges. Mais cela implique en particulier que nos institutions organisent un tel apprentissage, que cette institution soit la famille, l’école, l’université, l’entreprise, les pouvoirs publics et…l’Eglise aussi, notamment dans la catéchèse, tant des enfants que des adultes, mais aussi – gros challenge – dans la prédication dominicale. À tous les niveaux, il y a une exigence d’éducation.[42]

En sus, tout étant lié, aujourd’hui et demain, l’écologie et la communication seront efficaces lorsqu’elles feront un chemin commun, au contraire, la crise de l’une peut être la crise de l’autre : « La crise écologique est donc une opportunité historique pour élaborer une réponse collective destinée à convertir le modèle de développement global selon une orientation plus respectueuse de la création et en faveur du développement humain intégral s’inspirant des valeurs propres de la charité ».[43] Lorsque l’homme et la nature sont touchés, c’est leur Créateur qui est touché et du coup, la communication est touchée.

 

 

 

 

 


 

Conclusion

            Pour mettre fin à cette recherche qui a jeté son dévolu sur l’écologie intégrale dans sa jonction avec la communication, avant de revenir sur les points saillants, nous voulons d’abord évoqués quelques faits, réalisations ou les pratiques qui se font déjà dans le domaine de l’écologie et la communication.

La première étape pour une communication correcte de Laudato si’ est d’en garantir l’accès ; cela signifie la traduire dans différentes langues[44] pour en favoriser une plus grande diffusion, comme l’ont fait de nombreuses Conférences Épiscopales et Églises locales, par exemple au Pakistan (traduite en ourdou), en Éthiopie, au Bangladesh.

Il existe de nombreux réseaux Internet créés autour de Laudato si’, comme le site internet htp://www.laudato-si.net/it/, avec des ressources disponibles pour la compréhension, l’approfondissement, la communication et le partage d’expériences et de bonnes pratiques sur l’Encyclique, ou bien le Réseau communautaire Laudato si’, htps://comunitalaudatosi.org/, une initiative qui propose la création de communautés dans l’esprit de l’Encyclique pour promouvoir la conversion écologique et la citoyenneté mondiale.

De nombreuses Conférences Épiscopales ont travaillé pour favoriser une communication efficace sur Laudato si’. Parmi elles, la Conférence Épiscopale Américaine, qui a distribué diverses subventions (guides, vidéos...) au niveau national, en adoptant comme priorité de planification pour la période 2017-2020 la devise “Enseigner et promouvoir l’écologie intégrale, avec une attention particulière à la dégradation de l’environnement et à son impact sur les vies des plus vulnérables” ; on peut citer le programme Laudato Si’ Advocates, et divers outils de diffusion des modalités de mise en œuvre de l’Encyclique dans la vie quotidienne, dans les familles, ou à travers des campagnes sur les réseaux sociaux et les blogs.[45]

Hormis ces diverses initiatives locales, provinciales, nationales et continentales, Il existe ensuite différents cours de formation pour les journalistes sur l’écologie intégrale et la citoyenneté mondiale, comme celles proposées par Greenaccord.[46]

Enfin, notre dissertation en Ecologie intégrale à partir de la Laudato si’ a eu pour thème l’écologie intégrale la communication à la lumière de Laudato si’. La motivation nous est venue du calendrier et de la coïncidence entre la dernière table ronde ainsi que la journée mondiale des communications sociales. Par ailleurs, en tant qu’étudiant en communication, nous avons voulu rester dans notre domaine et avons facilement compris que loin d’être deux domaines éloignés, écologie et communication sont unies en Dieu comme Créateur et Communicateur. En créant, Dieu communiquait son être.

Par ailleurs, nous avons subdivisé ce travail en deux points. Le premier ouvrait les brèches sur Dieu, Créateur et Communicateur. Il s’est prolongé sur l’homme comme continuateur de l’œuvre de son Créateur. Quant au second point, il a cherché à faire comprendre l’unité et diversités qui existent entre les médias et l’écologie. S’ils peuvent faire un même chemin et se renforcer à cause de leur origine commune, les médias sont à surveiller afin qu’ils ne propagent pas les immoralités.

 


 

Bibliographie

Barreto, P.R. (2019), Popoli, comunitàe stati in dialogo. La sfida del Sinodo per l’Amazzonia, in Antonio Spadaro (Ed.) Perché un Sinodo per l’Amazzania? Nuovi cammini per la Chiesa e per una ecologia integrale, Ancora, Milano, 48-60.

Benoit XVI, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix 2010. 

Carbajo Núñez, M. (2021), Tout est lié. Écologie intégrale et communication à l’ère du numérique, Médiaspaul Éditions, Paris.

Commission Pontificale pour les Communications Sociales (19971), Instruction pastorale Communio et Progressio, Libreria Editrice Vaticana, Roma.

DE Fleur, M.L. – Dennis, E.E. (2002), Understanding mass communication: A Liberal arts perspective, Houghton Mifflin, Boston.

Revol, F. (2020), L’écologie intégrale. Une question de conversions, Editions des Béatitudes, Paris.

Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale (2020), En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si’, Libreria Editrice Vaticana, Roma.

Mantovani, M. (2018), Introduzione a Laudato si’ di papa Francesco nei manifesti immaginari di KidiKimo, Università Pontificia Salesiana, Roma.

Pape François (2015), Laudato si’. Lettre encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, Libreria Editrice Vaticana, Roma.

Pape François (1er juin 2014), Message pour la 48ème Journée Mondiale des Communications Sociales : « La communication au service d’une authentique culture de la rencontre » in www.vatican.va.   

Pape François (1er juin 2014), Message pour la 48ème Journée Mondiale des Communications Sociales : « La communication au service d’une authentique culture de la rencontre ».

Pape François (24.01. 2016), Message pour les Journées Mondiales de Communications sociales : « Communication et miséricorde : une rencontre féconde ».

 

 



[1] Cette expression a été attribuée à E. Burke (1729-1797). « He called the reporters’ gallery in the English Parliament ‘‘a Fourth Estate more important by far’’ than the other three estates of Parliament», M.L. DE Fleur, E.-E. Dennis (2008) Understanding mass communication: A Liberal arts perspective, Houghton Mifflin, Boston, p. 88.

[2] Pape François (2015), Laudato si’, Lettre encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, Editrice Vaticana, Rome, n°234. 

[3] Cf. M. Carbajo Núñez (2021), Tout est lié. Écologie intégrale et communication à l’ère du numérique, Médiaspaul, Paris, p. 77.   

[4] Pape François, Laudato si’, n°240. 

[5] Pape François, Laudato si’, n°210. 

[6] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 40. 

[7] Pape François (24.01. 2016), Message pour les Journées Mondiales de Communications sociales : Communication et miséricorde : une rencontre féconde, in www.vatican.va   

[8] Cf. Pape François, Laudato si’, n°216-221. 

[9] Pape François, Laudato si’, n°47. 

[10] Pape François, Laudato si’, n°47. 

[11] Cf. Pape François (1er juin 2014), Message pour la 48ème Journée Mondiale des Communications Sociales : « La communication au service d’une authentique culture de la rencontre » in www.vatican.va

[12] Cf. Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale (2020), En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si’, Libreria Editrice Vaticana, Rome, 111.  

[13] Cf. Pape François, Laudato si’, n°65.   

[14] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 15. 

[15] Cf. M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 151. 

[16] Pape François, Laudato si’, n°14.

[17] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 15.

[18] Cf. G. Tangorra (2004), Jésus-Christ parfait communicateur, Médiaspaul, Kinshasa.

[19] Il faut avouer qu’avec l’événement de l’Internet et surtout des réseaux, la communication est devenue fluide.

[20] M. Mantovani (2018), Introduzione a Laudato si’ di papa Francesco nei manifesti immaginari di KidiKimo, Università Pontificia Salesiana, Roma, p. 4.

[21] Cf. Pape François, Laudato si’, n°106. 

[22] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 57.

[23] Ibid., p. 60.

[24] Ibid., p. 15.

[25] Pape François, Laudato si’, n°106. 

[26] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, pp. 42-43.

[27] Pape François, Laudato si’, n°11. 

[28] Cf. Pape François, Laudato si’, n°47. 

[29] Cf. Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale, En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si’, p. 109. 

[30] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 38.

[31] Commission Pontificale pour les Communications Sociales, Instruction pastorale Communio et Progressio, Libreria Editrice Vaticana, Rome,1971, n°42.

[32] M. Carbajo Núñez

, Tout est lié, pp. 104-105.

[33] Pape François, Laudato si’, n°47

[34] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 111.

[35] Cf. M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 40.

[36] Ibid., p. 49.

[37] Pape François, Laudato si’, n°240.

[38] M. Carbajo Núñez, Tout est lié, p. 49.

[39] Cf. Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale, En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si’, p. 110. 

[40] Pape François, Laudato si’, n°138.

[41] Cf. Ibid., n° 108.

[42] Fabien Revol (2020), L’écologie intégrale. Une question de conversions, Editions des Béatitudes, Paris, 35.

[43] Benoit XVI, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix 2010, p. 9. 

[44] Ici par les langues, nous ne voulons pas nous arrêter aux langues dites internationales, les plus parlées et classiques telles que l’anglais, le français, l’allemand, l’italien, etc… mais no
us pensons aux dialectes, traduire le plus possible ce document plusieurs patois afin qu’il soit bien compris par une grande majorité, et permettre ainsi sa mise en application.

[45] Cf. Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale, En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si’, p. 113. 

[46] Cf. Groupe de travail interdicastériel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale, En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si’, p. 114. 

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